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2.000 dollars de plus pour les députés nationaux en RDC: une augmentation à la louche! (Damien Glez)

Comme suggéré par la présidente de l’Assemblée nationale au Premier ministre, les députés congolais verraient d’un bon œil une augmentation de 2 000 dollars de leurs émoluments. L’opinion s’insurge.
« Tout change, rien ne change » : le leitmotiv a pris des sonorités de rumba congolaise depuis ce qui est apparu comme une vraie-fausse alternance au sommet de l’État. Les récentes nominations « refuges » de politiciens patriarches aux postes de mandataires d’entreprises publiques ont enfoncé un clou dans la rengaine. Et voici que les élus embouchent la trompette d’une rémunération supposée insuffisante.
50 % : c’est l’augmentation à la louche que revendique la présidente de l’Assemblée nationale de RDC, Jeanine Mabunda, à la fois pour le salaire mensuel du député – il passerait alors de 4 030 à 6 030 dollars américains hors primes– et pour l’enveloppe allouée au fonctionnement de l’administration de la chambre basse. Sans surprise, les activistes relayés par les réseaux sociaux ont dénoncé la revendication, invitant même les élus à se prononcer individuellement contre cette augmentation.
« Gourmandise » des élus
À l’heure où la RDC traverse une crise économique aggravée par les effets du coronavirus et qu’il est question de « réduction du train de vie des institutions », la plateforme Lamuka n’a pas manqué de sortir sa calculette, affirmant que la somme nécessaire à cet ajustement rémunératoire –plus d’un million de dollars– permettrait de « construire chaque mois 50 centres de santé équipés, chaque mois 50 salles de classes équipées ».
Les tentatives de justification de la revendication salariale peinent à inspirer adhésion. Comme s’il s’agissait d’un argument, le rapporteur de l’Assemblée nationale, Célestin Musao Kalombo, indique que la demande d’augmentation des émoluments des députés date de la session ordinaire de septembre 2019.
L’opinion publique ne se saisirait aujourd’hui de la question que parce que le Premier ministre, Sylvestre Ilunga Ilunkamba, vient de charger le vice-premier ministre du Budget « d’examiner cette question en commission ». Assurément, le chronogramme ne saurait changer l’angle de vue que si l’on considérait la « gourmandise » des élus comme antérieure à la crise du coronavirus. Mais la lettre de Jeanine Mabunda au Premier ministre date du 21 mai dernier.
« Pourquoi pas nous ? »
Le seul vrai argument du rapporteur de l’Assemblée nationale se résume en « Pourquoi pas nous ? ». Il explique que les députés ont toujours demandé à l’exécutif d’améliorer les conditions de vie et de travail des enseignants, militaires et ou magistrats. Charité bien ordonnée ne commence-t-elle par soi-même ? Certes, mais les élus ont-ils déjà réclamé une augmentation de 2000 dollars de la rémunération d’un professeur ? Et même à considérer que le bonus doit être observé en proportion de l’existant, aucun militaire n’a jamais rêvé d’un bond salarial de 50 %…
Alors chacun renvoie la balle au décisionnaire suivant : l’Assemblée à un gouvernement susceptible de « réserver une suite appropriée » et le gouvernement à une Assemblée qui devrait avoir le dernier mot d’un budget de crise aux multiples options possibles.
Une chronique de Damien Glez
Damien Glez est dessinateur-éditorialiste franco-burkinabè

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