[Chronique] RDC : Joseph Kabila et la parabole sénatoriale

L’impénétrable Joseph Kabila a fait un retour remarqué, cette fois sur les bancs du Sénat, à l’occasion de la rentrée parlementaire de RDC.
« Coucou, c’est moi » : véritable dramaturge politique, l’ancien président de la RDC ménage toujours quelque effet de surprise à ses départs et ses retours politiques. Pas encore quinquagénaire, l’insondable Joseph Kabila a compris qu’à vouloir être président très longtemps en continu, il s’exposait aux analyses constitutionnalistes désobligeantes, voire aux insurrections populaires.
S’il lui prenait l’envie de vouloir revenir au pouvoir, pourquoi ne pas s’épargner une guerre civile – comme celle que connut son voisin Denis Sassou Nguesso – en jouant, comme Vladimir Poutine, une partie de billard à plusieurs bandes ? Alors que l’interlude du Russe a été primatorial, celui du Congolais démocratique, après 18 ans de présidence, pourrait s’avérer sénatorial, la Constitution accordant un mandat de « sénateur à vie » aux anciens présidents de la République. Kabila vient donc de faire son retour sur la scène publique, ce 15 septembre, toute écharpe dehors, à l’occasion de la rentrée parlementaire de RDC.
Calcul pour une présidentielle à venir, ou modestie d’un ancien magistrat suprême qui souhaite servir son pays à toute tâche ? C’était la première fois qu’il siégeait à ce poste. Et comme la politique est autant une affaire de tour d’ivoire que de cour mondaine, l’apparition du sénateur Kabila – discret mais omniprésent en coulisses – n’a pas manqué de retenir l’attention…
Alliance de la carpe et du lapin
D’autant que le retour public de l’autorité morale du « Front commun pour le Congo » (FCC) intervient au moment où semble se fissurer l’alliance entre les proches de Joseph Kabila et ceux de Félix Tshisekedi. Si le second a pris la place du premier, à l’issue de l’élection de décembre 2018, la plateforme kabiliste est largement majoritaire au Parlement, ainsi que parmi les 65 membres du gouvernement.
Si l’alliance de la carpe et du lapin n’a pas encore officiellement implosé, des dissensions se font jour semaine après semaine autour d’une désignation à la présidence de la Commission électorale nationale indépendante, de nomination controversée à la Cour constitutionnelle, d’exonérations accordées à des sociétés commerciales opérant en RDC, de sautes d’humeur des militants respectifs ou de rumeurs de tractations « adultérines » avec d’autres anciens présidentiables.
Pour le présumé grand architecte de la politique congolaise, Joseph Kabila, il convient tout autant de laisser ses thuriféraires colmater les brèches de la coalition FCC-Cach que d’offrir à la face du monde médiatique quelques rares mais symboliques apparitions christiques, avant une éventuelle résurrection présidentielle. L’épisode du Sénat était donc certainement moins une prise de fonction qu’une parabole…
Par Damien Glez
Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

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