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Tunisie : Les défis financiers qui pèsent sur le pays suscitent l’inquiétude internationale

Malgré l’accord initial octroyé par l’institution de Bretton Woods en octobre dernier, les négociations entre Tunis et le FMI pour un nouveau crédit de 1,9 milliard de dollars piétinent depuis fin 2022. Cette impasse pèse lourdement sur la Tunisie, dont les difficultés économiques grandissantes suscitent des inquiétudes en Europe et aux États-Unis, tout en freinant d’éventuels investissements étrangers.

Avec une dette atteignant 80 % du PIB, la Tunisie éprouve un besoin pressant de fonds pour honorer les salaires de ses 680 000 fonctionnaires travaillant dans l’administration centrale et faire face à ses dépenses courantes.

Le président Kaïs Saïed s’oppose fermement aux conditions imposées par le FMI, qu’il considère comme des « diktats ». Parmi ces mesures figurent la levée progressive des subventions étatiques sur les produits de base, notamment les carburants, ainsi que la restructuration d’une centaine d’entreprises publiques lourdement endettées.

En effet, depuis les années 70, la Tunisie a mis en place une « Caisse de compensation » permettant à l’État d’acheter des produits de première nécessité pour les redistribuer à des prix bas sur le marché.

Selon l’économiste Ezzedine Saidane, les négociations sont actuellement au point mort, principalement en raison du blocage de Tunis, car le président Saïed craint que ces réformes ne portent atteinte à ses intérêts politiques. Toutefois, le directeur régional du FMI, Jihad Azour, a révélé mi-avril qu’aucune demande de révision de programme n’a été soumise par Tunis.

En dépit des pressions internationales, Kaïs Saïed a réitéré en juin son refus de toucher aux subventions et a proposé à la place des mesures fiscales pour rééquilibrer les richesses entre les classes sociales. Néanmoins, cette alternative s’avère complexe à mettre en œuvre, car le déficit public (8 % du PIB) provient en totalité, en 2022, des « compensations » étatiques et des subventions énergétiques qui ont fortement augmenté à la suite de l’invasion russe de l’Ukraine en février de la même année, entraînant une flambée des cours du pétrole.

En cas de refus du FMI, la Tunisie se trouve face à un dilemme : pourra-t-elle faire face à ses échéances pour l’année 2023, estimées à 21 milliards de dinars, dont 12 milliards en devises (environ 4 milliards d’euros) ? Certains économistes estiment que le pays peut compter sur des revenus provenant du tourisme, des envois de la diaspora, des exportations de phosphates et de la baisse du coût de l’énergie pour y parvenir.

Cependant, le choix actuel de privilégier le remboursement de la dette au détriment de l’approvisionnement en produits de base risque d’aggraver la situation. Déjà, ces derniers mois, des pénuries sporadiques de farine, de riz, de sucre et d’essence ont été observées, se traduisant par des rayons vides et de longues files d’attente devant certains magasins.

En outre, l’État tunisien se retrouve quasiment dans l’incapacité de financer de nouveaux investissements, ce qui condamne le pays à une stagnation économique, avec une faible croissance d’environ 2 % et un taux de chômage supérieur à 15 %. Pour pallier ses dépenses, le gouvernement sollicite de plus en plus les banques locales, mais cette démarche entame leur réputation à l’international, ayant déjà entraîné le déclassement de quatre d’entre elles par l’agence Moody’s en début d’année.

La Tunisie se trouve donc à un tournant décisif pour son avenir économique, et les choix politiques pris dans les mois à venir auront des répercussions majeures sur l’économie nationale et les conditions de vie de ses citoyens.

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