L’affaire Stanis Bujakera en République Démocratique du Congo (RDC) prend un tournant surprenant. Le journaliste, accusé d’avoir rédigé une note incriminant les services de renseignement militaire dans le meurtre de l’opposant politique Chérubin Okende, pourrait ne pas être l’auteur de cette note, selon une enquête de Reporters Sans Frontières (RSF).
Dans un courrier adressé en septembre dernier à Jeune Afrique et Radio France Internationale (RFI), le ministre de l’Intérieur Peter Kazadi avait déclaré que le document était un faux, conçu pour désorienter l’opinion publique. Pourtant, plusieurs sources sécuritaires ont confirmé que la note avait toutes les apparences d’un document produit par l’Agence Nationale de Renseignement (ANR).
La note, datée du 14 juillet, aurait été adressée à la hiérarchie pour vérification, analyse et enquête minutieuse. Elle aurait ensuite été diffusée, et plusieurs sources diplomatiques l’ont également reçue en août, renforçant ainsi son authenticité.
Ce qui rend cette affaire encore plus intrigante, c’est que le contenu explosif de la note, suggérant l’implication des services de renseignement militaire dans le meurtre d’Okende, a été rendu public par un député de la majorité présidentielle, Léon Nembalemba, plusieurs semaines avant la publication de Jeune Afrique. Nembalemba a vivement critiqué les services de renseignement, les accusant d’avoir enlevé et tué l’opposant politique avant de maquiller les faits.
Mais qui avait intérêt à diffuser cette note ? RSF suggère que l’objectif pourrait être de discréditer le patron de l’ANR dans le contexte de luttes internes au sein de l’agence. Notamment, l’administrateur général de l’ANR, Jean-Hervé Mbelu, a été destitué de ses fonctions le 1er août, quelques semaines après la date de la note. Bien que ces événements pourraient sembler liés, Mbelu n’a pas souhaité commenter la question.
Au sein de l’ANR, des sanctions ont été prises en réponse à la diffusion de la note, renforçant l’idée que celle-ci avait été produite au sein de l’agence. Cette situation a des conséquences significatives pour Stanis Bujakera, qui se trouve en détention depuis près de deux mois.
Une nouvelle audience, la troisième depuis le début de son procès, est prévue pour ce vendredi 3 novembre, laissant planer un voile de mystère sur l’affaire.
Cette récente enquête de RSF jette un éclairage nouveau sur cette affaire complexe, soulevant des questions sur l’authenticité de la note et l’implication potentielle de l’ANR dans sa diffusion. L’affaire Stanis Bujakera continue d’évoluer, et des réponses cruciales restent à découvrir.

