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Accords sans effets : Kinshasa signe, Kigali avance, les populations déplacées restent oubliées (Tribune)

La République Démocratique du Congo et le Rwanda ont une nouvelle fois apposé leurs signatures sur un accord de paix, cette fois sous l’égide des États-Unis à Washington. Mais l’accumulation de protocoles similaires, tous restés sans effet durable, pousse à s’interroger sur leur utilité réelle. Ces signatures ont-elles encore une portée autre que symbolique, quand les violences sur le terrain perdurent et que les rapports internationaux se succèdent sans changement tangible ?

Depuis les années 1990, la région Est de la RDC vit au rythme d’un cycle de conflits ponctués d’accalmies diplomatiques. La récente entente de Washington semble s’inscrire dans cette tradition d’accords sans lendemain. Derrière la rhétorique de la paix, nombreux sont ceux qui y voient plutôt une forme de répit tactique, une manière d’éviter l’isolement diplomatique pour les protagonistes, sans pour autant résoudre les tensions profondes. En réalité, ces engagements peuvent parfois permettre à certaines forces d’asseoir des positions ou de préparer de futures offensives, à l’abri du regard médiatique.

Pour Kinshasa, ce nouveau document signé à l’international illustre à la fois la volonté de trouver une issue et l’essoufflement d’une diplomatie réactive. La RDC apparaît enfermée dans une posture défensive, obligée de composer avec les initiatives extérieures, sans imposer ses priorités de manière ferme. Kigali, au contraire, semble manœuvrer avec plus de constance. Grâce à une stratégie maîtrisée de communication et d’alliances ciblées, le Rwanda conserve une image d’acteur stable, malgré les nombreuses accusations dont il fait l’objet.

Car la question de la responsabilité reste entière. Depuis des décennies, les rapports onusiens pointent la présence directe ou indirecte du Rwanda dans le soutien à des groupes armés opérant en territoire congolais. Officiellement, Kigali évoque la menace des FDLR pour justifier ses incursions militaires. Mais ce narratif est de plus en plus difficile à soutenir, tant les conséquences humaines et territoriales de ces interventions sont documentées.

Malgré cela, aucune sanction d’envergure ne semble envisagée par les grandes puissances. Bien au contraire. Le Rwanda reçoit appuis diplomatiques, aides au développement et partenariats stratégiques, notamment avec le Royaume-Uni ou les États-Unis. Ce traitement préférentiel, en décalage avec les faits établis, interroge sur les véritables priorités des acteurs internationaux.

L’explication pourrait résider dans la valeur stratégique des richesses minières congolaises. Le coltan, le cobalt, le tantale et d’autres minerais dits de transition sont au cœur des chaînes de production technologique mondiale. Dans ce contexte, les multinationales ont peu d’intérêt à ce que le tumulte sécuritaire soit réellement apaisé, tant que l’accès aux ressources est maintenu. La persistance d’une instabilité maîtrisée peut même servir certains intérêts économiques, à condition qu’elle n’entrave pas les circuits d’approvisionnement.

À cela s’ajoute un levier d’influence moins souvent évoqué : la diaspora rwandaise. Présente dans les cercles politiques, économiques et médiatiques internationaux, elle constitue un outil efficace de projection d’image et de défense des intérêts du régime de Kigali. Sur le terrain congolais, cette présence nourrit néanmoins un climat de suspicion, particulièrement dans les provinces frontalières où les tensions communautaires demeurent vives.

Depuis des années, la société civile congolaise dénonce ce qu’elle perçoit comme une stratégie de fragmentation du territoire national. Le spectre d’une balkanisation orchestrée, si souvent évoqué, semble aujourd’hui se diluer dans une approche plus insidieuse : affaiblir durablement les populations par des conflits de basse intensité, en les privant de toute sécurité et en les poussant à l’exil ou à la dépendance.

Ce sont justement ces populations qui restent les grandes absentes des accords diplomatiques. Les textes sont souvent négociés à l’étranger, loin des zones de conflit, sans consultation réelle des communautés affectées. Pourtant, ce sont elles qui vivent les déplacements, les violences, la faim et la peur. Une paix sans leur voix ne peut qu’être fragile.

Il est temps pour la RDC de rééquilibrer le rapport de force diplomatique. Cela implique de construire une stratégie de politique extérieure plus affirmée, adossée à une vision claire des intérêts nationaux. Cela signifie également d’inclure dans les processus de négociation des acteurs issus du terrain : leaders communautaires, survivants des massacres, représentants de la société civile. Sans cette inclusion, les accords continueront d’être des signatures sans portée, des lignes sur papier destinées à rejoindre les archives.

Une paix durable ne se décrète pas à huis clos. Elle se construit avec les peuples, sur leurs terres, et à partir de leurs réalités. À défaut, chaque accord signé n’est qu’un nouveau chapitre dans un conflit qui refuse de s’éteindre.

— M. KOSI

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