Gestion chaotique de 6 millions USD décaissés pour le barrage de Katende : la RDC devient-il un pays des détourneurs des millions et de l’impunité ?

Les scandales de détournement des deniers publics est devenu une chronique en République Démocratique du Congo. En effet, de 6 millions de dollars américains affectés pour les travaux du barrage de Katende, en passant par les dépassements budgétaires et autres scandales antérieures, le pays de Lumumba est en voie d’être plébiscitée comme pays des détourneurs des millions de dollars américains.

Les différentes enquêtes et audits financiers qui aboutissent parfois aux arrestations des auteurs de ces détournements, sont pour la plupart des cas, foulés au pied par la relaxation desdits voleurs, après un petit moment de détention en prison.

Origine des scandales financiers : dossier de 15 millions USD

Tout est parti du dossier de versement de 100 millions USD par le gouvernement, aux sociétés pétrolières, pour compenser leur manque à gagner.

Dans cet argent, l’État congolais était censé récupérer 15 %, soit 15 millions USD. Mais au lieu d’atterrir dans les caisses du trésor public, cet argent fut versé sur le compte d’un ” Comité de suivi des prix des produits pétroliers “. Ce qui constitue une violation des dispositions légales régissant les finances publiques, avait fait savoir l’Inspection générale des finances (IGF), dans un rapport qui attribuait la responsabilité de cette irrégularité à quelques officiels, dont l’ancien directeur de cabinet du chef de l’État, Vital Kamerhe.

Cette affaire avait pris une autre dimension lorsque le procureur général près la Cour de cassation avait ouvert une enquête, après avoir été saisi.

À la même période, les missions de contrôle diligentées par l’IGF étaient suspendues par l’ancien directeur de cabinet du chef de l’État, qui dénonçait l’irrégularité de ces investigations.

De son côté, l’Association congolaise pour le suivi des réformes de l’action publique s’était insurgé contre la lettre du Dircab qui traduisait à l’époque, une volonté d’entraver le travail d’un organisme de contrôle des finances et recettes publiques.

Ce scandale avait créé un tollé général au sein de la population, jusqu’à faire arrêter des militants du mouvement LUCHA (Lutte pour le changement) qui souhaitait voir clair sur l’affectation de ces 15 millions USD. Curieusement, le dossier a été assimilé à une commission touchée en bonne et due forme, jusqu’à être classée sans suite.

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Puis vint les dossiers de sauts de mouton et construction des logements pour les militaires

Un autre scandale, et non de moindre, fut la construction de sauts de mouton (des ponts qui surplombent des carrefours) à Kinshasa, afin de désengorger le trafic routier dans cette ville de plus de 10 millions d’habitants.

Ce dossier placé dans le programme de 100 jours du chef de l’État Félix-Antoine Tshisekedi au pouvoir, avait également défrayé la chronique en raison des retards accumulés dans son exécution, causant ainsi des désagréments terribles pour les usagers de la route.

Dans un rapport, l’Observatoire de la dépense publique (ODEP), avait même affirmé que, le programme d’urgence de 100 jours a été géré en violation de la loi-cadre régissant les finances publiques publiques, notamment les cas de surfacturation et d’opacité dans le processus de passation de marché.

Ces révélations avait conduit la justice congolaise, d’ouvrir une enquête sur l’utilisation des fonds alloués à l’exécution de ces travaux publics.

A ce dossier s’ajoute celui de la construction de 200 logements sociaux pour les officiers des FARDC au Camp militaire Tshatshi. Ces travaux ont été interrompus pour des raisons de malversations financières et le vice de procédure de passation de marchés, qui a conduit l’ancien directeur de cabinet du chef de l’État, Vital Kamerhe, à une condamnation de 13 ans des travaux forcés ; 6 ans pour son complice Samih Jamal et 1 an pour le chargé de la logistique à la présidence de la république, Jeannot Muhima.

Au moment où nous couchons ces lignes, l’auteur principal de ce scandale financier, Vital Kamerhe, venait d’être libéré, à moins d’une année seulement de sa condamnation. Ce qui est un coup dur dans la lutte contre la corruption prôné par le président de la république, avait estimé le président de l’ACAJ (Association congolaise pour l’accès à la justice), Me Georges Kapiamba.

Détournements à l’EPST : Willy Bakonga, arrêté puis libéré

Un autre détourneur’à avoir été libéré, fut l’ancien ministre de l’EPST (Enseignement primaire, secondaire et technique) Willy Bakonga. Ce dernier était arrêté dans le cadre du détournement des fonds alloués à la gratuité de l’enseignement de base.
Selon un rapport confidentiel de l’IGF, il a été soupçonné d’avoir détourné 1,5 millions de dollars américains, destinés à l’acquisition des matériels de lutte contre le Covid-19 dans les écoles.
A cela s’est ajouté le détournement des frais de fonctionnement de son ministère, pour 62 milliards de FC (près de 25,5 millions d’euros) depuis qu’il était entré en fonction, en plus des arrêtés qu’il avait signés, pour créer des écoles fictives et nommer des enseignants sans écoles, ni bureaux dont 34.000 à Kinshasa et 21.000 dans la province de la Tshuapa.
Il a été finalement emprisonné à 3 ans de prison ferme pour blanchiment des capitaux le 30 avril 2021, mais libéré le 25 novembre de la même année, soit sept mois seulement d’emprisonnement.

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Gestion des fonds du Covid-19 : Eteni Longondo placé sous MAP, puis relaxé

Dans ce même lot, l’ancien ministre de la Santé publique, Dr Eteni Longondo, était accusé d’avoir détourné plus d’un million de dollars américains attribués par la Banque mondiale, pour lutter contre la pandémie de Covid-19. Il a été placé sous MAP (Mandat d’arrêt provisoire) en août 2021.

L’ODEP (Observatoire de la dépense publique) avait qualifié cet acte de signe d’une justice et d’un contrôle équitable à tous.
Même son de cloche du côté de la Nouvelle société civile congolaise (NSCC), qui avait parlé d’une démontré que la justice congolaise était réellement indépendante.

Contre toute attente, il a été libéré le 14 septembre 2021, soit près de 20 jours seulement de détention.

Préparatifs des Jeux de la Francophonie à Kinshasa : une maffia organisée, mais non punie

Dans le même lot des scandales se trouve en bonne place, les préparatifs des IXèmes Jeux de la Francophonie prévus en août 2022 à Kinshasa.

Des révélations de sont suivies sur le mode de gestion des fonds. Un rapport de l’OIF ( Organisation Internationale de la Francophonie) rendu public au mois de juin 2021, évoquait déjà des dépenses non justifiées ainsi qu’un manque de transparence dans la gestion des fonds. ” Un dysfonctionnement délirant qui énumérait de nombreuses irrégularités dans le dispositif d’accompagnement installé par le cher de l’État Félix-Antoine Tshisekedi, pour coordonner les activités dues aux préparatifs de ces jeux “, notait ce rapport, qui accablait les proches du président à travers des corruptions et des détournements des fonds avérés, grâce aux surfacturations des travaux.

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A titre d’exemple, le rapport de l’OIF précise que, le contrat sur la construction du village des jeux, initialement budgétisé à 41 millions USD, a littéralement explosé pour être chiffré à 113 millions USD.

En outre, le Haut représentant du chef de l’État au Comité national des jeux de la Francophonie (CNJF), Didier Tshiyoyo, avait retiré en son nom propre, d’importantes sommes en espèces, dans des comptes ouverts au nom du CNJF (Comité national des jeux de la Francophonie), avait révélé un expert financier de l’OIF.

Même dénonciation pour la réhabilitation du stade Tata Raphaël, pour un montant de 11 millions USD, confiée au consortium de l’Alliance des bâtisseurs congolais (ABC) ; alors que les détails d’exécution des travaux n’ont jamais été précisés.

A cela s’ajoutent les conditions d’octroi des contrats de construction et de réhabilitation des infrastructures qui ne respectent pas l’exigence de transparence inhérente aux grands événements internationaux, avait également dénoncé Mme Zeina Mina, Directrice du Comité international des jeux de la Francophonie (CIJF).

A ce jour, l’équipe de Didier Tshiyoyo a été remplacé par une nouvelle équipe placée sous les commandes de M. Isidor Kwandja Nyembo, sans qu’aucun audit ne soit diligentée contre l’équipe sortante, comme s’il y avait anguille sous roche quelque part.

Que conclure ?

Au regard de tout ce qui précède, il y a lieu de constater malheureusement que, tous les détourneurs des fonds publics interpellés, appréhendés ou encore soupçonnés, se la coule douce partout où ils se trouvent.

Comme si ces détournements sont bien ficelés et trouvent leurs racines dans un laboratoire où se partagent les dividendes.

Sinon, comment comprendre que, une fois arrêté pour détournement ou corruption, les auteurs soient libérés en toute facilité au vu et au su de tout le monde ? N’est-ce pas une complicité au plus haut sommet ?

Autant des questions qui resteront pendantes sur les lèvres des populations et de certains observateurs, tant que les dossiers des détournements des deniers publics continueront d’être traités avec passivité par ceux qui sont censés dire la loi.

José Wakadila congo-press

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