Guerre des tranchées pour la succession de François Beya

Au pays de Lumumba, les enquêtes sur la conspiration ayant conduit le conseiller spécial en matière de sécurité de Félix Tshisekedi dans les geôles de l’Agence nationale des renseignements (ANR) n’ont pas encore livré leurs secrets, déjà la course à sa succession s’avère acharnée.

Pour mieux appréhender cette ruée vers le saint graal, il faut savoir que les services de renseignement en Afrique en général, et en République démocratique du Congo en particulier, fonctionnent comme des castes au service de la promotion et de la conservation du pouvoir, explique un expert du domaine. Issu d’un parti d’opposition, sans attaches avec les services de sécurité, le président Tshisekedi s’était vu dans l’obligation de composer bon an mal an avec un sécurocrate de renommée internationale qu’il avait aussitôt nommé à la tête du prestigieux Conseil national de sécurité en qualité de conseiller spécial en matière de sécurité. Cependant, les liens trop privilégiés de François Beya Kasonga et Joseph Kabila avec lequel il avait étroitement collaboré durant son règne ont fini par avoir raison de sa loyauté envers le président Tshisekedi.

Ce dernier semble en effet avoir une conception de la gestion de l’Etat plutôt tournée vers la satisfaction des besoins primaires de ses compatriotes que vers la monopolisation du revenu national par une élite prédatrice. Cherchant sans doute à rééditer les exploits de la kleptocratie dans laquelle il avait jusqu’ici fait carrière depuis les années Mobutu, François Beya qui s’est heurté frontalement à l’intransigeance du fils de l’opposant historique Etienne Tshisekedi, aurait vraisemblablement cherché à contourner l’obstacle. Malheureusement il se serait fait avoir dans les mailles du filet sécuritaire du chef de l’Etat congolais dont il aura eu tort de sous-estimer la redoutable efficacité.
 
Pourtant, il s’observe dans les ambitions démesurées de nombreux prétendants au poste les mêmes postures que celles reprochées au conseiller spécial disgracié.  Prenant en sandwich un certain Jean-Claude Bukasa qui assure l’intérim de François Beya dont il était l’adjoint, les candidats au poste de conseiller spécial du président Tshisekedi en matière de sécurité ont multiplié dernièrement des lobbyings dans les milieux syndicaux des chefs d’Etat africains afin de faire entendre raison à Félix Tshisekedi qu’ils accusent d’avoir laissé le Conseil national de sécurité entre des mains inexpertes d’un ovni.
 
Pourtant les experts en sécurité sont formels sur le fait que Jean-Claude Bukasa, certes peu connu du grand public, est d’une loyauté infaillible envers le président Tshisekedi, en plus de ses compétences, sa discrétion et son assiduité éprouvées. Alors qu’il n’a pas encore eu le temps de faire ses preuves, ce souffre-douleur et intérimaire de François Beya se retrouve malgré lui pris au piège des tirs croisés des vieux briscards et barbouzes de carrière qui ne jurent que par cette fonction hautement stratégique. Tout se passe comme si le président Tshisekedi n’avait qu’à jeter son dévolu sur eux les yeux fermés au lendemain de l’interpellation de l’incriminé conseiller spécial sortant.

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Vue d’Afrique de l’Ouest, cette frénésie des professionnels congolais du renseignement et de l’espionnage qui remuent ciel et terre pour diriger le Conseil national de sécurité en République démocratique du Congo cache mal un plan de surveillance du président Tshisekedi à des fins inavouées. Surtout que la plupart d’entre eux sont connus, soit pour leurs intérêts économiques sibyllins dans les secteurs miniers et commerciaux, soit pour des supposés contrats d’espionnage qu’ils remplissent pour le compte de certaines principautés militaires de la sous-région des Grands lacs.
 
En effet, selon un expert bien connu des réseaux d’influence en Afrique centrale qui s’est confié à notre rédaction, l’un des dénominateurs communs de ceux qui tiennent à tout prix à arracher le poste laissé vacant par François Beya est leur appartenance à un ancien mouvement rebelle ayant endeuillé l’Est de la RDC pendant près de six ans, soit de 1998 à 2004. C’est sur les cendres fertiles de ce mouvement que prospèrent encore certaines forces négatives comme les terroristes ADF que l’Etat congolais est en train de traquer sans relâche depuis l’instauration de l’état de siège en mai 2021.Or c’est justement de ces tentacules toxiques des anciens agresseurs de la République démocratique du Congo que Félix Tshisekedi souhaite s’affranchir en douce afin d’être totalement en phase avec l’opinion publique congolaise, majoritairement hostile aux voisins de l’Est, notamment à l’approche d’une future élection présidentielle très disputée à laquelle il aurait confirmé sa participation.

A l’analyse, le président Tshisekedi, tout en maintenant les équilibres en présence dans ses services d’intelligence pour ne pas avoir à réinventer la roue, se doit tout de même de compter sur ses propres hommes de confiance sortis de son propre cru. Céder aux sirènes des prétendants aux agendas inconnus dans un domaine aussi névralgique que la sécurité est un risque à ne prendre sous aucun prétexte.

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Kokolo Jean
OURAGAN 

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