La guerre à l’Est menace la stabilité du cœur de l’Afrique

Nous sommes le 8 juin quand nous rencontrons cet homme qui a participé à l’avènement de l’AFDL de Laurent Désiré Kabila pour renverser le régime du maréchal Mobutu.

Moins d’une semaine plus tard, le M23, cette rébellion officiellement défaite en 2013, et soupçonnée d’être soutenue à bout de bras par le Rwanda voisin, poursuit son installation dans la ville conquise de Bunagana dans la province du Nord-Kivu sur la frontière ougandaise et à quelques kilomètres au nord de la frontière rwandaise.

Une fuite “stratégique”

Les militaires congolais ont été contraints de fuir et de rentrer sur le territoire ougandais lundi, défaits par l’offensive des rebelles. Selon les autorités ougandaises, pas moins de “137militaires congolais et 37 policiers se sont rendus à UPDF” (armée ougandaise). “Un camion et quatre jeeps bondés de militaires congolais ont traversé la frontière pour se rendre. Ils fuyaient les combats et cherchaient une protection”, a ajouté Hajj Sadiq, officier des forces de sécurité ougandaises.

Une victoire du M23 rendue possible, selon plusieurs témoignages, par l’intervention directe de militaires rwandais et la complicité, au moins passive, de l’Ouganda accusé d’avoir laissé passer par son territoire des troupes rwandaises qui auraient pris Bunagana à revers, alors que les hommes du M23 frappaient à partir du sol congolais.

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L’armée congolaise, elle, a tenté d’expliquer mardi que son retrait était “tactique” et visait “à éviter un coût en vies humaines trop élevé”, selon un responsable militaire confirmé par Jean-Claude Mbabaze, le président de la société civile de Rutshuru, territoire dans lequel se trouve la ville frontière de Bunagana.

Mais cette explication ne convainc guère et nombre de Congolais exigent de plus en plus une réaction rapide des Forces armées de la RDC. Ce mardi, la réaction congolaise se faisait toujours attendre.

“Pendant ce temps, le M23 s’organise et installe son administration dans la ville frontalière qui est un important point de passage entre l’Ouganda et la ville de Goma (capitale du Nord-Kivu) qui dépend de cette route pour sa survie. C’est une guerre qui est partie pour durer”, explique un militant du mouvement citoyen Lucha installé à Goma qui voit “déjà certaines pénuries dans la ville. C’est un poste frontière important pour notre ravitaillement. Si les rebelles coupent le passage, nous risquons d’être rapidement affamés, la ville sera désertée et tombera facilement entre les mains des rebelles”.

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“Où est l’armée congolaise ? À quoi a servi l’état de siège imposé par le président Tshisekedi qui nous a fait souffrir depuis plus d’un an ? Où sont les troupes ougandaises qui devaient renforcer la puissance de notre armée ? Pourquoi le président ne vient-il pas ? Pourquoi ne force-t-il pas des négociations avec le M23 ?”, interroge Didi Niamwisi, commerçant de Goma, sans travail depuis lundi matin “parce que les marchandises ne viennent plus de Bunagana”. Face à cette situation de plus en plus inquiétante, les Congolais ciblent largement les Tutsis dans toute la région. “Les gens du M23 sont des Tutsis qui se font passer pour des Congolais et qui sont soutenus par des Tutsis du Rwanda et de l’Ouganda”, selon le témoignage en swahili largement diffusé sur les médias et les réseaux congolais, d’une dame qui serait une habitante de Bunagana.

“Liens évidents et passivité coupable”

“Il ne fait guère de doutes que le M23 ne peut passer à l’offensive sans l’aval du Rwanda qui a mal vécu le rapprochement entre Kinshasa et Kampala. La sécurisation de cette région frontalière pourrait siffler la fin des trafics entre les deux pays qui profitent à quelques hauts gradés congolais, expliquait la semaine dernière un diplomate occidental. “Ces militaires congolais qui profitent et entretiennent le commerce illégal avec le Rwanda ont été largement identifiés. Une liste de 62 noms a été remise au président Tshisekedi, notamment par Jean-Pierre Lacroix, le secrétaire général adjoint de l’Onu aux opérations de maintien de la paix, et Madame Bintou Keïta, la représentante spéciale du secrétaire général de l’Onu en RDC. Il y a quatre mois qu’il a cette liste. On espérait qu’il allait réagir rapidement et déplacer ces militaires, on attend toujours. Ça pose question sur sa vraie détermination.”

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Avec la reprise des violences, les trafics peuvent se poursuivre et les responsables demeurer en place, l’urgence n’autorise pas ce type de réorganisation. Une fois encore, c’est la population civile et les hommes de troupe sur le terrain qui sont les vraies victimes de ce désastre.


La Libre AFRIQUE

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