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Faut-il retirer aux confessions religieuses le pouvoir de désigner le président de la CENI ?

La désignation du prochain président de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), en République démocratique du Congo (RDC), fait parler et couler beaucoup d’encre au point que de nombreux citoyens sont amenés à s’interroger sur la nécessité de confier encore ce choix aux confessions religieuses. D’autres, cependant, pensent qu’il est temps de leur retirer ce privilège, lorsqu’on réalise que durant les trois cycles électoraux qui se sont déroulés en 2006, 2011 et 2018, nos pères spirituels ne se sont jamais mis d’accord sur un candidat unique commun.

Pour la petite histoire, cette charge avait été confiée aux confessions religieuses dans le cadre de l’Accord global et inclusif signé à Pretoria en Afrique du Sud le 17 décembre 2002, à l’issue du Dialogue inter-congolais qui avait réuni les délégués de la classe politique et de la société civile, forces vives de la Nation, en vue d’en finir avec la crise de légitimité et de mettre en place un nouvel ordre politique, fondé sur une Constitution démocratique.

Les participants au Dialogue inter-congolais avaient alors confié aux confessions religieuses le pouvoir de choisir le président de cette institution d’appui à la démocratie, pour éviter la partisanerie et garantir l’indépendance, l’impartialité, l’intégrité, la transparence, la neutralité politique de la Ceni et le professionnalisme de la gestion électorale, et pour assurer la tenue d’élections libres, justes et inclusives, qui offrent à tous des chances égales.

La logique aurait voulu que le choix des confessions religieuses soit fondé essentiellement sur la base du mérite, de l’expertise et à l’abri de toute ingérence politique, pour assurer la transparence et l’intégrité du processus électoral, indépendamment de leurs croyances religieuses, mais la réalité s’avère toute autre.

Il est important de rappeler toutefois que la Constitution adoptée par référendum en décembre 2005 et promulguée en février 2006, garantit le caractère laïc et démocratique de l’État congolais. De ce fait, l’État congolais devra établir une nette séparation entre l’État et la religion, afin de garantir à tous les citoyens des droits identiques.

Rémy Ngoy Lumbu, professeur à l’Université de Kinshasa et actuellement vice-président de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, que nous avons interrogé à ce propos, a également exprimé sa préoccupation face à la persistance de tergiversations des confessions religieuses qui aura assurément des conséquences néfastes sur la tenue effective du scrutin dans le délai constitutionnel. M Ngoy Lumbu craint que le processus électoral de 2023 soit d’ores et déjà compromis.

« Je me suis toujours interrogé sur le mérite intrinsèque et la plus-value d’associer les confessions religieuses dans le processus de désignation des animateurs de la Ceni. Pour moi, le législateur nous a servi un thé ayant le goût du café.  Les opérateurs religieux devaient, de notre modeste point de vue, être écartés de ce processus trop dangereux pour eux. Ils devaient s’en distancer pour ne pas jouer le jeu des politiciens manipulateurs. Le faisant tout de même, ils deviennent des acteurs politiques pour le temps mis à contribution lorsqu’ils s’attablent pour valider les candidatures. Disons-le, ils participent de ce fait,  en amont, à la direction des affaires publiques de la RDC. Et deviennent des acteurs politiques. »

En RDC, les confessions religieuses sont une réalité et elles ont toujours joué un rôle extrêmement important en faveur de la paix et du développement, en offrant un soutien à la fois social et éducatif. En effet, tout en reconnaissant pleinement leur rôle et leur participation dans la vie publique congolaise, ce qui a pour effet d’accroître la transparence, la représentativité et la légitimité démocratique du système politique, nous ne devons pas perdre de vue qu’en tant que État laïc, la RDC devra s’engager sur une voie pérenne du respect total de sa Loi fondamentale, des principes d’une démocratie saine et de la consolidation de l’état de droit.

Dans la plupart des États démocratiques, l’organisation et la supervision des scrutins relèvent de la compétence, soit du ministère de l’Intérieur, soit d’une Commission électorale indépendante qui relève directement de l’Assemblée nationale et qui est investie par celle-ci.

En ce qui concerne la RDC, l’Assemblée nationale, de qui relève directement la Ceni, devra jouer pleinement le rôle qui est le sien, en tant qu’institution légitime de la démocratie, dans le choix des prochains présidents de la Ceni.

Une élection présidentielle ou législative étant, par essence, une activité civique et politique qui permet aux citoyens de sanctionner positivement ou négativement les politiques gouvernementales, le rôle de la Ceni devrait être celui de veiller à ce que cette sanction soit juste, dans le strict respect de la loi électorale et du cadre réglementaire. De leur côté, les acteurs politiques devront veiller à ce que la préparation des scrutins soit effectuée d’une manière objective, pour éviter d’éventuelles contestations émises par les mauvais perdants.

Par Isidore Kwandja Ngembo, politologue et analyste des politiques publiques
La Libre / Bisonews.cd

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