Le 26 juin 1945, 50 États signent la Charte des Nations Unies pour éviter le retour des guerres mondiales. Quatre-vingts ans plus tard, l’idée d’un monde régi par des règles est fragilisée, alors que les crises se multiplient et que les grandes puissances imposent plus souvent le rapport de force.
Le doute sur la fin de l’ancien équilibre s’est renforcé après l’opération lancée par l’administration Trump au Venezuela en janvier, avec une attaque militaire directe et l’exfiltration de Nicolás Maduro et de son épouse. Dans une chronique publiée dans le quotidien britannique The Guardian, Nesrine Malick souligne que, cette fois, l’action n’a même pas été habillée d’une justification classique au nom de la sécurité mondiale.
Des déclarations rapportées illustrent ce tournant. « Maduro a “fait n’importe quoi et l’a appris à ses dépens” », a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, ajoutant que « l’Amérique peut imposer sa volonté partout et à tout moment ». Donald Trump a aussi affirmé que les États-Unis allaient désormais « gérer le Venezuela » et y avoir « une présence » liée au pétrole, sans effort apparent pour expliquer une prise de contrôle.
Derrière cet épisode, une question s’impose, 2025 marquera-t-elle une rupture durable dans l’ordre international qui, jusqu’ici, cadrerait les comportements des États.
Le veto au Conseil de sécurité, un verrou qui bloque les crises
L’ONU est née avec un objectif simple sur le papier, maintenir la paix et la sécurité, soutenir la coopération économique, sociale et humanitaire. Elle compte aujourd’hui 193 États membres. Pourtant, face aux agressions et aux guerres, une impression domine, celle d’une organisation qui parle beaucoup mais agit peu.
Le cœur du problème est connu, le Conseil de sécurité et son droit de veto. Cinq pays y sont membres permanents. Leur veto peut bloquer une résolution même si une majorité des autres membres la juge utile pour calmer une crise. Ce mécanisme, conçu en 1945 pour empêcher que les grandes puissances quittent le système, est devenu un frein quand il sert d’abord des intérêts nationaux ou ceux d’alliés. Le texte cite un exemple, l’usage du veto américain contre des résolutions critiques envers Israël.
Ce décalage est aussi lié à l’évolution du monde depuis 1945. Entre 1945 et 1964, les cinq membres permanents ont mené des essais nucléaires. Depuis, quatre autres pays sont connus ou soupçonnés d’avoir rejoint le cercle des puissances nucléaires. Sur le plan économique, l’équilibre s’est déplacé, avec la montée de la Chine et de l’Inde et des alliances moins stables qu’avant.
Dans ce contexte, les tensions s’étendent au commerce. Les droits de douane imposés par Donald Trump « paralysent tout le monde », selon le texte. L’Europe de l’Ouest avance sans ligne commune claire en politique étrangère. Et la demande américaine d’un effort de défense équivalant à 5 % du PIB pour les membres européens de l’OTAN est jugée impopulaire dans l’opinion publique européenne. En clair, la sécurité, le commerce et l’énergie se retrouvent liés, et les arbitrages deviennent plus difficiles pour de nombreux gouvernements.
Le texte rappelle aussi des signes plus anciens de fragilité du multilatéralisme. Les attentats du 11 septembre 2001 ont été utilisés pour justifier l’invasion de l’Irak en mars 2003, sans mandat de l’ONU. Une intervention de Colin Powell au Conseil de sécurité avait alors marqué les esprits, mais aucune arme de destruction massive n’a été découverte en Irak. Ajoutés aux crises en Ukraine, à Gaza et au Soudan, ces épisodes alimentent l’image d’une ONU incapable d’empêcher l’escalade ou d’imposer une solution politique.
Un autre signal est la baisse d’influence d’organisations internationales et régionales. Le Mouvement des non-alignés, présenté comme un bloc important durant la Guerre froide, est décrit comme tombé dans l’oubli. Les États-Unis se sont retirés de certaines organisations. Les financements d’aide diminuent. Des programmes sont réduits ou abandonnés. Pour de nombreux pays du Sud, cela renforce l’idée d’un système à deux vitesses, où les règles s’appliquent surtout aux plus faibles.
Le texte insiste sur un point, même si le « chacun pour soi » peut sembler avantageux à court terme pour certains pays, aucun État ne peut réellement vivre en autarcie politique et économique. Dans un monde connecté par les échanges, l’énergie, les flux financiers et les chaînes d’approvisionnement, l’isolement a vite un coût, pour les ménages comme pour les entreprises.
Face à ce constat, plusieurs pistes sont avancées. D’abord, redonner à l’ONU un rôle plus opérationnel, et pas seulement un espace de débats. Ensuite, réformer le Conseil de sécurité, jugé trop fermé et peu représentatif. L’idée serait d’élargir la composition à d’autres régions, y compris les petits États insulaires en développement, et de mieux intégrer les réalités actuelles.
Le texte va plus loin en évoquant une extension possible du statut de membre permanent, avec droit de veto, à des pays comme l’Inde, le Japon, le Brésil, l’Afrique du Sud et l’Égypte. Pour l’Afrique, un système de rotation est même évoqué. Enfin, pour limiter le blocage, une proposition consisterait à empêcher qu’un veto suffise à lui seul à faire tomber une résolution, sans l’appui de deux autres États disposant du même droit. Une autre option mentionnée est un mécanisme de « contre-veto », où les autres membres permanents d’un Conseil élargi pourraient voter contre un veto posé par l’un d’entre eux.
Le fil conducteur reste le même, si le multilatéralisme continue de s’affaiblir, il risque de disparaître. Et ce scénario inquiète, car il laisse place à un monde où la force l’emporte plus souvent que le droit, avec des effets directs sur la stabilité, les marchés, l’aide internationale, et la sécurité des populations.
— M. KOSI

