Des centaines de familles traversent la rivière Ubangi, fuyant la tourmente qui embrase une fois de plus la République centrafricaine. La tension est à son comble depuis l’assassinat d’un chef rebelle de la Seleka par les Forces armées centrafricaines. Ce nouvel épisode de violence a plongé la sous-préfecture de Ndjoku dans le chaos, contraignant plus de 1 400 personnes à chercher refuge de l’autre côté de la frontière, en territoire congolais.
À Bosobolo, une commune du Nord-Ubangi, les groupements de Gobu et Togbo accueillent ces déplacés en quête de sécurité. « Ils sont nombreux à arriver chaque jour. Ces hommes, femmes et enfants fuient les violences intenses qui secouent leur région« , confie Isaac Pelendo, administrateur de ce territoire frontalier. La rivière Ubangi, qui sépare les deux pays, est devenue une voie de survie pour ces populations en détresse.
Les récits des nouveaux arrivants évoquent une vague de représailles meurtrières menée par les rebelles Seleka après la mort de leur leader. Le 1er janvier 2025, ces insurgés ont ravagé plusieurs villages, forçant leurs habitants à fuir dans l’urgence, souvent sans rien emporter. Cette tragédie rappelle une réalité bien connue des habitants de cette région poreuse : la fragilité des frontières face aux conflits récurrents de la République centrafricaine.
Dans cette partie du Nord-Ubangi, les communautés locales font preuve de solidarité malgré des moyens limités. Les besoins humanitaires explosent et dépassent de loin les capacités d’accueil. La situation s’aggrave sous le poids de l’urgence : nourriture, abris et soins manquent cruellement pour répondre aux besoins élémentaires des réfugiés. À cela s’ajoute la crainte que ces violences puissent s’étendre de l’autre côté de la frontière, mettant en péril la sécurité des populations locales.
Les autorités congolaises, conscientes du danger, appellent à une vigilance accrue et à un renforcement des dispositifs de sécurité. « Il faut absolument sécuriser les zones frontalières. La situation nécessite une intervention rapide des FARDC pour contenir les risques de débordements« , prévient Isaac Pelendo, tout en exhortant à la coopération internationale pour une gestion efficace de cette crise.
Depuis 2015, cette région du Congo abrite déjà plus de 115 000 réfugiés centrafricains, victimes des multiples conflits qui secouent leur pays. Pour les nouveaux arrivants, l’incertitude plane sur leur avenir. Leur espoir repose sur une stabilisation de la situation en République centrafricaine, mais aussi sur une réponse humanitaire adaptée de la part des autorités congolaises et des acteurs internationaux.
À mesure que les jours passent, les tensions continuent de croître. L’urgence est palpable, et la résilience des populations locales est mise à rude épreuve. En attendant, les réfugiés s’efforcent de reconstruire une vie, loin des violences qu’ils ont fui. Mais dans un contexte aussi volatile, la stabilité reste un défi à relever pour les deux pays.
— M. MATUVOVANGA

