Le produit « Power« , vanté comme un stimulant sexuel, soulève de vives inquiétudes après une vague de signalements d’effets secondaires préoccupants. Des voix s’élèvent aujourd’hui pour dénoncer l’absence de régulation qui permet à ce type de produit de circuler librement sur le marché congolais, au détriment de la santé publique.
« J’ai failli perdre la vie« , affirme Papy Kabongo, un Kinshasien dans la trentaine. Son récit est glaçant : érection prolongée de 48 heures, migraines intenses, troubles digestifs et rougeur persistante des yeux. Derrière ce témoignage, se cache une réalité de plus en plus répandue dans les centres de santé : des hommes admis en urgence après avoir consommé cette pilule présentée comme miraculeuse.
Le Mouvement National des Consommateurs Lésés (MNCL), déjà saisi de plusieurs dizaines de cas similaires, tire la sonnette d’alarme. Selon cette organisation, le produit circule librement, souvent dans des sachets anonymes ou des flacons sans étiquette réglementaire. Aucun numéro d’autorisation, pas de notice, et encore moins de traçabilité. Pourtant, les vendeurs vantent une efficacité immédiate, parfois en l’absence d’une ordonnance médicale ou de tout avis professionnel.

Les conséquences sont multiples. Les témoignages collectés par les bénévoles du MNCL font état de troubles cardiovasculaires, de pertes de connaissance, d’insuffisances respiratoires, et, dans certains cas, d’hospitalisations prolongées avec des séquelles irréversibles. Ce tableau met en lumière une problématique plus large : la prolifération incontrôlée de produits dits de « bien-être« , souvent importés sans contrôle rigoureux ou fabriqués localement dans des conditions douteuses.
Afin de lever le voile sur les effets réels du produit « Power« , deux laboratoires indépendants – dont les noms n’ont pas encore été révélés pour garantir leur impartialité – ont été sollicités pour mener une analyse approfondie de la composition du produit. Trois objectifs guident cette initiative : quantifier précisément les substances actives, détecter toute molécule interdite par les normes sanitaires internationales, et mesurer les risques sanitaires potentiels à court, moyen et long terme.
Les résultats de ces analyses, attendus dans les prochains jours, seront rendus publics au cours d’une conférence de presse officielle. D’après nos sources, le MNCL adressera une recommandation formelle au ministère de la Santé afin de suspendre la commercialisation du produit sur l’ensemble du territoire national.
Mais l’affaire dépasse largement le cas Power. Elle met en lumière l’absence d’un dispositif de surveillance pharmaceutique robuste, laissant ainsi le champ libre à des substances potentiellement nocives. Dans de nombreux marchés urbains ou périphériques, des vendeurs improvisés écoulent quotidiennement des produits sans aucune certification.
La question posée est celle de la responsabilité collective. Comment un produit aussi risqué peut-il s’installer dans les habitudes de consommation sans alerte officielle préalable ? Comment expliquer que des centaines de personnes soient exposées à des substances sans qu’aucune autorité ne réagisse rapidement ?
La réponse est à chercher dans les failles du système de contrôle sanitaire, mais aussi dans un désespoir silencieux. Beaucoup d’hommes consomment ces produits faute de solution médicale adaptée ou par pression sociale. L’absence d’éducation sexuelle et de dispositifs d’accompagnement accentue la vulnérabilité de certaines couches de la population.
« Nous n’allons pas lâcher prise« , assure un cadre du MNCL. Pour lui, cette affaire pourrait marquer un tournant dans la lutte pour la sécurité des consommateurs congolais, souvent négligés dans les politiques publiques.
Face à la montée de ce phénomène, il devient impératif de repenser le rôle des institutions dans la prévention des risques sanitaires. Il est temps d’agir, avant que d’autres drames ne viennent s’ajouter à la longue liste des victimes silencieuses de la négligence collective.
— M. MATUVOVANGA

