L’architecte Bay Mukanya, lors de la deuxième journée de l’Expo Béton 2024, a marqué les esprits en partageant des propositions concrètes pour transformer les zones satellites de Kinshasa. Intervenant sur le thème « SOSAK : Quelles solutions durables envisagées de l’urbanisation anarchique à une ville moderne ?« , il a plaidé pour une approche plus réfléchie et en phase avec les réalités locales.
Selon lui, le développement de ces espaces nécessite une planification rigoureuse et des projets intégrant à la fois les infrastructures essentielles et le cadre de vie des habitants. Il a pris l’exemple de la cité du Grand Échangeur, un projet urbain situé à l’est de Kinshasa, qui représente pour lui un modèle de ville nouvelle. Avec ses 70 000 habitants, cette cité bénéficie d’une architecture pensée pour désengorger le centre tout en offrant un cadre de vie fonctionnel, avec des voiries adaptées et des espaces verts.
Bay Mukanya a ensuite souligné l’importance d’une architecture respectueuse du climat et des ressources locales. Il a fait une comparaison frappante entre deux constructions de style similaire : l’une intégrée à son environnement, l’autre déconnectée de son contexte. Pour l’architecte, il est indispensable de s’inspirer des spécificités locales, tant sur le plan des matériaux que des formes architecturales, afin de créer des bâtiments qui dialoguent avec leur environnement.
L’idée de préservation du patrimoine urbain a également été au cœur de son intervention. Il a mentionné plusieurs édifices historiques de Kinshasa, souvent négligés, qui mériteraient d’être mis en valeur. Ces monuments, selon lui, sont des symboles de l’identité des quartiers et pourraient participer à renforcer l’appropriation des espaces urbains par les habitants.
Dans une perspective de développement durable, Mukanya a plaidé pour une architecture à faible impact environnemental, misant sur des matériaux locaux et des techniques écologiques. Il a évoqué des solutions telles que la gestion des eaux pluviales ou le recyclage des déchets, non seulement pour préserver l’environnement, mais aussi pour générer des emplois locaux.
Il a également insisté sur l’importance d’une mobilité repensée dans les zones périphériques. « Il faut encourager les transports en commun et les modes de déplacement doux, comme la marche et le vélo, » a-t-il déclaré, en soulignant que cette approche permettrait de limiter l’usage des véhicules individuels tout en facilitant les échanges entre les habitants.
Un autre point clé de son discours fut la mixité fonctionnelle. Mukanya a appelé à éviter la mono-fonctionnalité des grands ensembles urbains, en intégrant des activités économiques, culturelles et sociales au plus près des résidents. Cette mixité garantirait une meilleure qualité de vie en réduisant les déplacements quotidiens, tout en créant des lieux de rencontre et de partage.
Pour Mukanya, il est essentiel que la population soit au cœur des projets de développement urbain. Il a défendu une approche participative, dans laquelle les habitants jouent un rôle actif dans la définition des aménagements. En tenant compte des usages et des besoins des populations locales, l’architecture pourrait devenir un vecteur d’intégration sociale et culturelle.
En conclusion, il a lancé un appel à l’unité entre les acteurs du secteur : « Les pouvoirs publics, les architectes, les urbanistes et les citoyens doivent collaborer pour imaginer une ville plus résiliente, inclusive et respectueuse de l’environnement. » Ce message, bien reçu par l’audience, souligne l’urgence de réinventer l’urbanisation des périphéries de Kinshasa pour en faire des lieux de vie plus harmonieux et épanouissants.
Peter MOYI

