Depuis janvier 2025, la province du Maniema est confrontée à une montée inquiétante des cas de choléra, avec 3 304 personnes infectées et 120 décès enregistrés. Cette situation place les autorités sanitaires face à une urgence sanitaire persistante, comme l’a confirmé le docteur Placide Welo Okitayemba, directeur du Programme national d’élimination du choléra et de lutte contre les autres maladies diarrhéiques, actuellement en mission à Kindu.
Présent sur place pour évaluer l’évolution de l’épidémie, Dr Welo a fait état d’une mobilisation multisectorielle en cours pour tenter d’endiguer la propagation de cette maladie hydrique. Il a insisté sur l’importance de l’action communautaire dans la réponse sanitaire :
« Nous avons mis en place un plan structuré de riposte. Il débute par une formation approfondie des équipes provinciales sur les différents axes d’intervention, avant d’élargir cet encadrement aux zones les plus touchées, notamment Kindu et Alunguli. »
L’approche repose sur une stratégie de cadrillage communautaire, visant à identifier rapidement les foyers d’infection, sensibiliser les familles aux gestes barrières et renforcer les mesures d’hygiène. Des équipes spécialisées sont constituées pour aller de maison en maison, informer les habitants et détecter précocement d’éventuels cas suspects.
« Ces actions de proximité sont essentielles pour limiter la chaîne de transmission du choléra », a précisé Dr Welo.
Parallèlement à cette démarche, le ministère de la Santé publique envisage un renforcement immédiat des capacités de prise en charge dans les structures médicales locales. Il s’agit notamment de s’assurer de la disponibilité des médicaments, des kits de réhydratation, du matériel de désinfection et d’autres intrants essentiels.
Selon les informations recueillies sur place, le Programme national a déjà entamé la logistique d’acheminement de ces produits sanitaires à travers la compagnie Service Air, afin de pallier les ruptures observées dans certains centres de santé du Maniema.
« Nous accélérons le transport des fournitures médicales pour appuyer les hôpitaux et postes de santé les plus sollicités », a ajouté le responsable du programme.
La résurgence du choléra dans cette province, où l’accès à l’eau potable et à des installations sanitaires adéquates reste limité, met en lumière les défis structurels en matière de santé publique. Plusieurs observateurs locaux estiment que le manque d’infrastructures, combiné à une urbanisation désorganisée, crée un terrain favorable à la persistance des maladies diarrhéiques.
À Kindu, épicentre de l’épidémie, certains habitants interrogés se plaignent d’un manque de coordination dans la distribution des aides et d’un retard dans l’intervention des équipes médicales. Toutefois, les responsables sanitaires assurent que le dispositif d’alerte est désormais fonctionnel et que les centres de traitement de choléra (CTC) sont progressivement remis à niveau.
Le choléra, transmis principalement par l’ingestion d’eau ou d’aliments contaminés, peut provoquer une déshydratation sévère menant à la mort s’il n’est pas traité rapidement. Sa gestion repose donc sur un accès rapide aux soins, une prévention efficace, mais aussi une éducation sanitaire continue.
Alors que les précipitations s’intensifient dans la région, les autorités appellent à une vigilance accrue et au respect scrupuleux des consignes d’hygiène dans les zones à risque. Des campagnes de communication sont en cours pour promouvoir l’usage de l’eau traitée, le lavage des mains, et la désinfection des latrines communautaires.
L’évolution de l’épidémie dans les prochaines semaines dépendra fortement de la capacité du système de santé provincial à mobiliser les ressources humaines et logistiques, tout en maintenant un lien étroit avec les communautés concernées.
— M. KOSI

