Le dialogue entre anciens groupes armés signataires de l’Acte d’engagement pour la paix en Ituri a repris cette semaine dans le territoire d’Aru, à l’extrême nord-est de la province, à près de 260 kilomètres de Bunia. Cette nouvelle rencontre, amorcée lundi et qui se poursuit ce mercredi 25 juin, fait suite aux discussions de mai et juin 2023 tenues au même endroit. L’objectif principal est d’évaluer l’application de la feuille de route convenue lors de ce premier cycle et de consolider les efforts déjà entamés en faveur de la stabilité locale.
Réunis pour la seconde journée des travaux, mardi 24 juin, les délégués des groupes armés CODECO, Auto-Défense, FRPI, FPIC, Tchini ya Tuna et MAPI se sont entretenus avec des chefs coutumiers, des représentants de la société civile, ainsi que des députés, aussi bien provinciaux que nationaux. Ces assises permettent un échange approfondi autour des engagements pris lors de la première édition à Aru, tout en ouvrant un espace d’analyse des obstacles rencontrés sur le terrain.
Parmi les difficultés soulevées figure la défiance persistante entre certaines factions armées, jugée responsable de la résurgence sporadique d’incidents sécuritaires, notamment dans le territoire de Djugu. Les participants ont également regretté l’absence d’une approche plus inclusive lors des dialogues antérieurs, qui avaient négligé certains acteurs locaux clés, à l’instar de certaines entités coutumières et communautaires.
Malgré ce constat, plusieurs avancées concrètes ont été saluées. Depuis Aru 1, les violences à l’encontre des civils ont nettement reculé dans plusieurs localités des territoires de Djugu et Irumu. Cette accalmie relative a favorisé le retour progressif de nombreuses familles déplacées, contribuant à une reprise progressive de la vie communautaire dans les zones autrefois instables. Les discussions en cours cherchent donc à transformer ces premiers résultats en fondements d’une paix plus durable.
Par ailleurs, le programme de désarmement, démobilisation, réinsertion communautaire et stabilisation (P-DDRCS) a occupé une place centrale dans les débats. Les facilitateurs ont insisté sur l’importance de son appropriation par les groupes armés eux-mêmes, pour garantir une réintégration réelle et pérenne des ex-combattants dans le tissu social. Des ateliers spécifiques ont été consacrés à la sensibilisation autour de la problématique des enfants enrôlés dans les milices, un phénomène encore observé dans plusieurs zones de conflit.
L’enjeu est désormais d’aboutir à une nouvelle feuille de route, plus représentative et opérationnelle, capable d’intégrer les attentes locales et de redéfinir les engagements communs. Les efforts se concentrent sur la création de mécanismes endogènes de règlement des différends, en lien avec les autorités coutumières et les leaders communautaires, afin de désamorcer les tensions à la base.
Ce dialogue d’Aru s’inscrit dans une dynamique de pacification élargie de l’Ituri, régulièrement déstabilisée par des conflits armés à caractère communautaire. Si l’espoir reste prudent, les échanges en cours laissent entrevoir une volonté accrue de plusieurs groupes armés de rompre avec la violence, dans l’optique d’une reconstruction sociale enracinée dans les réalités locales.
— M. MATUVOVANGA

