L’ancien président Joseph Kabila est arrivé à Bukavu ce 23 juin, dans une atmosphère chargée d’incertitudes. Après un mois de présence discrète à Goma, cette visite dans le Sud-Kivu suscite une série d’interrogations dans un contexte marqué par l’expansion territoriale de l’Alliance Fleuve Congo (AFC) et du M23, qui contrôlent aujourd’hui plusieurs villes de l’est de la République démocratique du Congo, dont Bukavu elle-même.
Déchu récemment de son immunité sénatoriale, l’ancien chef de l’État semble vouloir reprendre la main dans une région en pleine tourmente. Bien que sa posture publique reste celle d’un médiateur soucieux de la cohésion nationale, son arrivée intervient alors que le gouvernement en place l’accuse ouvertement de soutenir la rébellion menée par l’AFC/M23. En mai dernier, le président Félix Tshisekedi n’avait pas mâché ses mots, pointant du doigt les complicités supposées entre Kabila et les groupes armés actifs dans l’Est.
Selon des sources proches de son cabinet, Joseph Kabila entend poursuivre à Bukavu une série d’entretiens entamés à Goma. À l’époque, ces discussions avaient réuni des figures religieuses, des notables coutumiers ainsi que des membres de la société civile. "Il s’agit d’écouter les voix locales et de recueillir des pistes pour une sortie pacifique du conflit," a affirmé un de ses collaborateurs. Ce travail de terrain, bien que salué par certains acteurs locaux, est perçu par d’autres comme une stratégie de repositionnement politique dans une région où le nom de Kabila conserve un écho puissant.
En toile de fond, les tensions militaires ne faiblissent pas. Depuis le début de l’année, les forces de l’AFC/M23 ont renforcé leur emprise, occupant des axes stratégiques dans le Nord et le Sud-Kivu. Des milliers de familles ont fui vers les zones encore sous contrôle gouvernemental ou vers les pays voisins. Ce déplacement massif de population pèse sur les capacités humanitaires et accentue la pression sur les institutions congolaises, déjà fragilisées.
L’arrivée de Kabila intervient également dans un climat diplomatique agité. À Washington, les États-Unis hébergent cette semaine une table ronde impliquant des représentants de la RDC et du Rwanda, sous l’égide de diplomates occidentaux. Ces discussions visent à désamorcer l’escalade et à poser les bases d’un accord susceptible de ramener le calme. Le rôle du Rwanda dans la crise actuelle reste, lui, vivement contesté par Kinshasa, qui l’accuse de soutenir militairement l’AFC/M23.
Parallèlement, les initiatives portées par les confessions religieuses congolaises ont ravivé l’espoir d’un dialogue inclusif. Les Églises catholique et protestante, fortes de leur légitimité sociale, ont proposé une dynamique de concertation nationale, à la suite d’un cycle de consultations internes et internationales. "Nous soutenons toute démarche qui met au centre les préoccupations des Congolais," a déclaré un proche de Kabila, réaffirmant son appui à cette approche.
Ce retour de l’ancien président dans une zone aussi sensible remet sur la table la question de son rôle futur dans les équilibres politiques du pays. S’il n’a pas fait d’annonce officielle, ses mouvements sur le terrain, son discours orienté vers la réconciliation et son positionnement vis-à-vis des médiations internationales laissent entrevoir une volonté de redevenir un acteur influent dans l’espace national. L’opinion congolaise, elle, reste partagée entre méfiance et attente, dans un environnement où les alliances se font et se défont au gré des tensions régionales.
— M. KOSI

