Le 3 avril dernier, les hommes de l’Alliance Fleuve Congo / M23 se sont retirés de Walikale-centre, une localité stratégique du Nord-Kivu. Cette manœuvre, saluée discrètement par Washington et Doha, ne relève pas d’un changement soudain de stratégie militaire, mais bien d’un compromis politique obtenu dans le cadre des discussions discrètes menées sous la médiation qatarie. En contrepartie, Kinshasa a libéré cinq personnes, parmi lesquelles figurent une élue provinciale, un haut gradé militaire et plusieurs personnalités associées à l’opposition politique.
Cette opération d’échange met en lumière un tournant dans l’approche du gouvernement congolais face à la rébellion. Sans reconnaissance formelle de leur appartenance au M23, ces détenus ont néanmoins été désignés dans des pourparlers confidentiels comme des figures clés par les groupes rebelles. Côté M23, les dirigeants continuent de nier toute affiliation avec les personnes relâchées, arguant qu’ils avaient eux-mêmes transmis une liste de condamnés à mort à Doha, issus du procès d’août 2024 impliquant certains de leurs membres.
La figure la plus médiatisée parmi les libérés est Georgette Aroya Mokobe, députée provinciale du Haut-Uélé, arrêtée en mars dernier à Isiro. Son incarcération, bien que peu documentée publiquement, avait été perçue par certains observateurs comme un geste de dissuasion à l’égard des personnalités politiques soupçonnées de collusion avec les groupes armés à l’Est. À ses côtés, un colonel des FARDC dont le nom n’a pas été dévoilé figure également parmi les personnes remises en liberté.
L’annonce de ce retrait du M23 à Walikale-centre n’a pas été accompagnée d’un cessez-le-feu global. Elle soulève néanmoins la question de la portée réelle des négociations actuelles menées avec l’appui des États-Unis et du Qatar. Pour certains analystes, il s’agit d’un ballon d’essai diplomatique visant à tester la volonté de désescalade des deux camps. Pour d’autres, cette manœuvre pourrait être interprétée comme un ajustement tactique des rebelles face à la pression croissante de la communauté internationale.
Depuis le début de l’année, plusieurs initiatives diplomatiques se sont succédé sans aboutir à une stabilisation durable. En parallèle, les violences se poursuivent dans plusieurs zones du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, où l’AFC/M23 conserve le contrôle de nombreuses localités.
L’échange du 3 avril témoigne d’un climat complexe, où les lignes entre compromis politique et calcul militaire se brouillent. À défaut d’un accord global, chaque geste reste scruté, disséqué, et souvent interprété comme un indicateur de rapports de force temporaires.
— M. KOSI

