Par Manassé Kitemoko Kosi
Au cours de cette année électorale en République Démocratique du Congo, le climat pour les journalistes est loin d’être serein. Le dernier rapport de Journaliste en Danger (JED) révèle que depuis le début de l’année, pas moins de 88 cas d’attaques diverses ont été recensés à l’encontre de ces professionnels des médias.
Ces attaques se divisent de la manière suivante : 40 cas de violences physiques, 30 cas d’arrestations ou d’interpellations, et 18 cas de fermetures de médias ou d’interdictions de programmes ou émissions politiques. Ces chiffres alarmants sont mis en lumière dans le rapport annuel de JED intitulé « Le Bilan de la liberté de la presse sous le premier mandat du Président Félix Tshisekedi. »
Ce rapport, qui sera publié le jeudi 2 novembre, coïncide avec la Journée Internationale de la fin de l’impunité des crimes commis contre les journalistes. Il met également en lumière le sort de plusieurs journalistes qui croupissent en détention pour des raisons souvent discutables.
Patrick Lola, journaliste indépendant, est maintenu en détention depuis le 22 novembre 2021 à la prison centrale de Mbandaka, en Équateur. Blaise Mabala, journaliste à la Radio « Même Moral FM » à Inongo, dans la province de Maï Ndombe, a été arrêté depuis le 20 octobre 2023 pour outrages à l’autorité.
Le cas de Stanis Bujakera Tshiamala est particulièrement préoccupant. Correspondant du magazine Jeune Afrique et directeur de publication adjoint du site d’information congolais Actualité.cd, il a été arrêté le 8 septembre à l’aéroport de Kinshasa-Ndjili et est détenu à la prison centrale de Makala, à Kinshasa, depuis le 14 septembre 2023. Les accusations portées contre lui incluent « faux en écriture, » « falsification des sceaux de l’État, » et « propagation de faux bruits. » Ces accusations font suite à la publication d’un article sur le site Internet de Jeune Afrique, le 31 août, signé par la rédaction. Cet article mentionnait un rapport attribué à l’Agence nationale de renseignements (ANR) dont les autorités congolaises contestent l’authenticité et mettant en cause des renseignements militaires dans la mort de Chérubin Okende Senga, ancien ministre des Transports et Député de l’opposition.
Tshivis Tshivuadi, Secrétaire général de JED, a souligné que cette arrestation semble plus politique que judiciaire, et il a appelé le Président de la République à ordonner la libération du journaliste Stanis Bujakera, soulignant que la présomption d’innocence doit prévaloir.
Reporters sans frontières (RSF) a également pris position en appelant les candidats à l’élection présidentielle du 20 décembre à soutenir la liberté de la presse, à promouvoir la sécurité des journalistes, et à exiger l’abandon des charges contre le journaliste Stanis Bujakera dont le procès est en cours.
Alors que la RDC se prépare pour des échéances politiques cruciales, il est impératif de garantir la sécurité des journalistes et de protéger la liberté de la presse pour assurer un processus électoral transparent et démocratique. La situation actuelle est une source de préoccupation pour la communauté internationale et met en évidence l’importance de l’engagement en faveur de la liberté de la presse et de la protection des journalistes.











