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Kinshasa : la CENCO et l’ECC veulent structurer la paix par des outils de gouvernance opérationnelle

La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) et l’Église du Christ au Congo (ECC) accélèrent leur stratégie d’influence dans la gouvernance du pays en passant d’un rôle d’observateur moral à celui d’acteur de propositions concrètes. Après avoir remis au président Félix Tshisekedi le rapport issu de leurs missions de consultation, les deux confessions religieuses ont engagé, samedi 28 juin à Kinshasa, une nouvelle étape : la structuration d’un mécanisme de mise en œuvre du Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble.

Cette initiative, à portée nationale, se positionne comme un levier technique visant à compléter les mécanismes régionaux existants, notamment les processus de Nairobi (orienté sur les groupes armés) et celui de Luanda (centré sur les relations RDC-Rwanda). Pour les Églises, il ne s’agit plus uniquement de prêcher la paix, mais d’organiser la planification d’un redressement structurel de l’État à travers des outils mesurables. "Le conflit a aussi des racines internes. Une réponse purement diplomatique ne suffit pas", a soutenu le Révérend Éric Nsenga.

L’élément central de leur approche repose sur la création de groupes de travail multidisciplinaires, chargés de concevoir les Feuilles de Route Pratiques du Redressement Global Accéléré du Congo (FRP-RGAC). Ce dispositif vise à opérationnaliser la gouvernance à travers trois niveaux d’intervention : identification des priorités, territorialisation des actions, et coordination multisectorielle avec les acteurs publics, la société civile, les partenaires techniques et les communautés locales.

L’objectif est de répondre à la fragmentation des politiques publiques congolaises par une démarche intégrée. L’enjeu : mettre fin aux logiques d’urgence non coordonnées qui dominent l’action publique. En d’autres termes, les Églises veulent transformer la dynamique sociale en instrument d’ingénierie institutionnelle. Il est prévu que chaque feuille de route s’appuie sur des données empiriques pour orienter les décisions, avec des indicateurs de suivi, dans une perspective de gouvernance anticipative.

Sur le plan diplomatique, l’accord signé à Washington entre la RDC et le Rwanda est perçu comme une opportunité de repositionner le débat interne. Si cet accord pourrait servir de catalyseur à une désescalade régionale, il ne saurait, selon les confessions religieuses, remplacer une concertation nationale structurée. "La crise est aussi portée par des frustrations internes. Il faut leur donner une réponse cohérente et inclusive", estime Nsenga. Une manière de rappeler que l’investissement dans la paix passe aussi par une réforme de la gouvernance locale et de l’équité dans la redistribution des ressources.

Le projet FRP-RGAC entend donc aller au-delà des discours en introduisant une logique d’investissement social structuré, en réponse à une situation de blocage chronique. La RDC connaît un taux de pauvreté estimé à plus de 63 % selon la Banque mondiale, et un indice de développement humain qui la classe parmi les 10 pays les plus fragiles du globe. Dans ce contexte, les Églises misent sur une planification pragmatique, capable de fédérer autour d’un socle d’engagements précis.

Si les moyens financiers restent à définir, la démarche s’inscrit dans une logique d’efficience budgétaire. Elle appelle implicitement à une réorientation des ressources publiques et à une meilleure articulation avec l’aide extérieure. En promouvant une gouvernance collaborative, les Églises entendent positionner leur initiative comme un référentiel technique pour les bailleurs, susceptible d’absorber les fonds de développement sur des bases vérifiables.

Dans un pays où l’État central peine à réguler l’espace national, cette tentative de structuration concertée apparaît comme une réponse à l’absence de pilotage stratégique. En donnant forme à des feuilles de route territorialisées, les porteurs du Pacte social ambitionnent de replacer les priorités locales au cœur du cadrage politique national, tout en créant un cadre d’évaluation de l’action publique, fondé sur les besoins réels.

Cette montée en gamme de l’engagement ecclésial dans l’architecture institutionnelle congolaise pourrait modifier les équilibres traditionnels entre pouvoirs publics et société civile. Loin d’un simple plaidoyer moral, la démarche amorcée engage désormais une transformation en profondeur de la gouvernance, avec des indicateurs de performance et des outils d’anticipation.

M. KOSI

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